Série inspirée de l'opéra Les Noces de Figaro de Mozart.
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Rencontre artistique entre chronophotographie et danse contemporaine.
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Explorations plastiques et projets photographiques hors-série.
Entrer dans la Série ›Alexandre Maelst est photographe plasticien. Son travail propose une redécouverte visuelle des arts classiques. Son premier contact avec la photographie remonte à 1992.
La photographie de studio devient sa pratique de prédilection, lui permettant de recréer une atmosphère lumineuse complète et de produire une lumière maîtrisée, voulue.
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Ce que j’ai à vous dire, je le retiens fort en moi depuis que j’ai commencé mon parcours au sein des GEMS. Dans le vocabulaire abordant les transsexuels, on parle de passing : cela aborde la notion de « passer pour », « passer pour un homme », « passer pour une femme », alors que dans mon cas, j’aimerai élaborer sur ce que ça fait de « passer pour une normopathe ». La normopathie est un terme inventé par Félix Guattari dans ses Chaosmose, publié en 1992.
Je définirai ainsi la normopathie selon mes propres termes. La normopathie est une manière d’être au monde, fondée sur une harmonie avec la norme ; la norme de la pensée. Voyez-vous, O frères et sœurs de cœurs, voyez-vous cette norme de la pensée : peut-être peut-on imaginer la norme d’un rapport au monde, d’un rapport à la réalité. Or, il n’y a pas de réalité, il y en a plusieurs. Parler d’une seule réalité relève d’un abus de langage propre aux langues occidentales, peut-être à d’autres. En arabe, le monde magique se dénomme a’alamoun djine, il se situe entre le rêve et la réalité. Nous vivons chacun dans une réalité singulière qui est le propre de notre expérience, et de la manière dont on aborde notre expérience. Mon rapport au réel est un constant dialogue entre les discours du puissant et les discours des opprimés, entre le discours du maitre et de l'esclave – mais ma question est, comment se forge le rapport à la réalité d’un fou ? Le rapport à la réalité d’un fou se fonde sur une souffrance. Sur une souffrance emmagasinée à tel point que cela fait mal de vivre avec cette dernière ; alors, la souffrance ressort sous forme de délire, elle modifie notre rapport au réel, elle modifie notre rapport au monde. Pourquoi avons-nous mal ? A cause de cette salle société, et notamment à cause de la violence de ses rapports interhumains. Ce que je disais à un ami en début de semaine, c’est qu’au moins, à l’HP, on n’a pas besoin de prouver que l’on a raison, parce que personne n’a raison. Telle est la nature du combat contre notre propre démon intérieur, à tous : prouver constamment que l’on a raison, et cela constitue, telle qu’elle, une souffrance.
Mais ai-je raison de quoi ? J’ai raison de mes opinions, j’ai raison de mes idées, soit, j’ai raison tout simplement de la nature de ma réalité. Mes expériences constituent ma raison, elles ont vraiment existé : non, je ne dirai pas ça, parce qu’une partie de mes expériences à moi ont été déprivées de leur vérité, et en soi, en parlant de choses que j’ai vraiment vécue, je n’ai plus raison. Si je dis : j’ai tué un homme en lui volant son temps, à priori je n’ai pas raison, car personne n’est mort. Et pourtant j’ai vécu la souffrance d’avoir tué quelqu’un sans le vouloir. Si je dis : je suis devenue un corps mort, et j’ai vécu morte pendant plusieurs mois – je n’avais plus d’organes, plus de sang, plus même de conscience – alors cela est faux, car cela n’est même pas possible, et pourtant j’ai vécu la souffrance de ne pas être une humaine. Et si je dis je suis devenue l’origine du mal sur la terre – alors, on me dira, non c’est faux ; mais avez-vous conscience ce que l’on ressent à être véritablement l’origine du mal sur la terre ? Chaque article de journal, chaque mauvaise nouvelle, chaque manifestation de la misère : j’en étais la cause, et je le croyais, et plus que je le croyais, je le savais.
Alors, dites-moi maintenant. Si je vous dis : « j’ai subi plusieurs viols », vous me direz, cela est vrai, ça aurait pu vraiment arriver. Si je vous dis « je suis devenue musulmane », vous me direz, cela est vrai, ça aurait vraiment pu arriver. Si je vous dis, « je suis née et mon nom fut Elise », vous me direz, cela est vrai, cela est vraiment arrivé. Et ma question à vous est la suivante : quelle est votre statut, quelle est la nature de votre statut à vous, O frères et sœurs, quelle est la nature de votre prétentieux savoir entre ce qui est réel et ce qui ne l’est pas. Allez me dire que nos rêves sont faux, que ce que l’on vit un tiers de notre vie n’est simplement, pas réel. Allez me dire que MON rêve est faux. Mon rêve, moi, il est devenu mon réel – mais ce n’était pas censé être le cas, ce n’était pas censé exister. Je suis devenue ce que l’on appelle une « malade ». Je suis devenue une malade de la réalité.
Ce que je dénonce est donc cette prétention à détenir la vérité de l’expérience – et je ne doute pas que, nombreux d’entres nous dans cette salle, malades ou pas, ont vécu des choses qui sortent du domaine de la réalité effective et qui ont vécu certaines choses que l’on ne pourrait difficilement dire à voix haute : que ceci ai été réel, rêvé ou le produit d’un délire, je m’en fiche : je salue vos expériences telles qu’elles soient, et je leur dis bravo : et une chose est certaine : assumez-les !
Maintenant, je reviens sur cette idée de normopathie. Certes, je n’ai pas l’air d’être la plus psychotique, mais mon cerveau produit de forts excès de dopamine, cela est certain. Je vois à longueur de journée des étincelles, des voiles qui se lèvent sur le réel, de la fumée noire qui s’évapore autour de ce que je vois. Je vois des choses magnifiques, d’autres laides, d’autres qui ne font absolument aucun sens. Et quand je tombe dans le délire, d’une manière ou d'une autre, je me souviens : c’est toi qui créer tout ça. Et ça, c’est la plus grande arme du psychotique : se souvenir que c’est toi qui créer tout ça. Mais qu’en est-il pour les normopathes ? Eh bien, vous aussi, vous avez créer tout ça. Mais ce que vous avez créé, vous, fait monde. C’est ce que l’on appelle en théologie, ce monde. Ce monde est exempt de Dieu. Nous avons créé un monde exempt de la réalité divine : et cela à cause de cette foutre prétention à absolument affirmer son expérience comme vecteur du réel. Et pourquoi, humblement, ne pas garder votre foutue expérience pour ce qu’elle est : une manifestation de votre forte et prédominante névrose.
J’ai été une fois, soignante dans un hôpital psychiatrique. J’avais un pied chez les soignants, et un pied chez les malades, car je ne serai jamais, jamais, autre qu’une malade. Et je peux vous dire que ça été fort : à force d’avoir accès aux deux réalités du lieu, à force de parler sur la même fréquence avec les usagers et les soignants, je me suis retrouvée à vomir prise d’une grande crise, partout sur les lieux, en hurlant. C’était simplement un peu trop violent. Ma deuxième hospitalisation en tant que patiente a eu lieu quelques semaines plus tard.
Un soir, j’ai vu des petites ombres blanches qui virevoltaient dans ma chambre. J’ai donc appelé mon ami musulman, Hadj Ahmed, pour qu’il expie les djinns qui trainaient chez moi. Après une récitation de sourate au téléphone, et une prière, les petits djinns sont partis. Et pourquoi le psychiatre m’a-t-il dit que j’hallucinais, alors que 1,6 milliards de personnes y auraient vus des petits esprits ? Nous ne pouvons pas affirmer avoir de l'emprise sur le réel, et cela revient à se transformer en discours fortement politique, dans le sens où la voix des opprimés ne peut, au-delà d’être comprise, même pas être entendue. Essayez de passer pour une normopathe face à quelqu’un qui vous méprise, qui vous juge, qui vous met dans une case : il sera encore difficile d’appliquer de la coordination motrice, que ça aille du cerveau vers les membres, ou de l’esprit vers la bouche, ce qui prendra la forme de mots. Essayez d’articuler une phrase face à quelqu’un qui part du principe qu’il ou elle ne vous comprend pas. En réalité, en étant malade, le plus grand risque est d’élaborer un tel rapport avec soi-même. Et cela est plus que facile, en vue de la manière dont on est traités par le schéma de réalité prédominant. Si je nie mes expériences, alors je vais nier toute mon humanité : la fin même de ce discours, si je puis dire, est comme je l’ai déjà dit, réveiller vous le matin et dites-vous : je ne l’ai pas rêvé, je l’ai vécu, et vivez votre journée comme tel. S’il vous arrive quelque chose de supra ou infra rationnel, d’irrationnel comme il se dit, ne classifiez pas ça dans le domaine de la fausseté, dites-vous, cela est vrai, je l’ai vraiment vécu. Alors, le monde prendra de nouvelles formes dans lesquelles tout est possible : et nous sortirons enfin de la castration du présent de sa magie, nous pourrons enfin faire à nouveau monde, et peut-être, grâce à la cosmogonie et l’imagination mythologique de chacun, nous pourrons enfin faire à nouveau collectivité. Être un ou une artiste de la vie même : telle est la nature de mon invitation, O frères et sœurs, telle est la nature de mon invitation en tant que malade.
La psychiatrie témoignera : mais c’est nous qui ferons monde.